Ces questions entrent pleinement dans la réflexion que nous menons dans le cadre de l'apprentissage de la dissertation (voir la rubrique associée dans "Méthodologie du Bac).
Une analyse importante a été livrée par des chercheurs de l'Insee en 2006, sous le titre : "Les travailleurs non qualifiés :
une nouvelle classe sociale ?", à consulter en cliquant ici.
Voici quelques extraits de presse, qui permettent de nourrir la réflexion.
Ouest-France, 2 février 2008

Débrayage des salariés dans les rayons, au milieu des clients, dans un hypermarché. Un mouvement rare et jugé « historique » par les syndicats.
On les appelle « hôtesses de caisse », « assistantes de caisse » ou, plus simplement, « caissières ». Elles sont fatiguées. Comme leurs collègues de la grande distribution. Parce qu'elles travaillent souvent à temps partiel, parfois le dimanche, à des horaires morcelés. A des postes pas vraiment considérés. Et pour des salaires jugés pauvres. Trop pauvres. C'est ce que ces salariés ont voulu faire savoir, hier, en manifestant sur leurs lieux de travail, dans les rayons des Carrefour, Monoprix, Champion, Leclerc, Intermarché, etc. Sous le regard souvent compréhensif des clients.
Unitaire et historique
FO, CGT et CFDT avaient appelé à un mouvement unitaire. « Historique », selon les trois syndicats. Et bien suivi. La CGT a estimé que « plus de 80 % » des enseignes de grande distribution étaient « touchées par le mouvement de grève ».
Ce n'était pas du tout l'avis du patronat, qui a évalué à 4,5 % le taux de grévistes avec 40 % d'hypermarchés touchés. Le président de la Fédération des entreprises du commerce et de la distribution (FCD), Jérôme Bédier, a même dit qu'il ne « comprenait pas » cette grève. « Chez nous, 90 % des salariés sont à contrat à durée indéterminée ». « Ce sont, certes, des emplois souvent peu qualifiés » mais, estime-til, « on est un secteur d'insertion utile ».
« Chez Lidl, renchérit Alain Lecomte, responsable de réseau dans le Calvados, les caissières ont été augmentées de 4,5 % l'an dernier. » Carrefour estime offrir « des rémunérations parmi les plus attractives du secteur » (dont 13,5 mois de salaires, intéressement etc.). « A titre d'exemple, une hôtesse de caisse ayant six mois d'ancienneté perçoit un salaire supérieur de 28 % au Smic ». Patron de Système U, Serge Papin regrette que « les employés à temps partiel ne bénéficient pas des heures supplémentaires. C'est une des injustices de la loi ».
Pas d'accord sur les chiffres
Discours tout autre chez les syndicats. Pour François Chérèque, la grande distribution « cumule tous les problèmes ». En premier lieu, « le pouvoir d'achat ». Pour le leader de la CFDT, « il s'agit de très bas salaires, alors que la moitié des salariés sont à temps partiel ». Les syndicats estiment même que des salariés sont rémunérés en dessous du Smic. Faux, rétorque Jérôme Bédier. Pour lui, « « 37 % des salariés sont à temps partiel » et « personne n'est en dessous du Smic en proportion du temps qu'il travaille ». Décidément, en matière de chiffres, patronat et syndicat ne semblent pas disposer des mêmes sources...
Fruit du mouvement d'hier, un « point positif » a tout de même été salué par les syndicats : la FCD a notamment accepté de ne plus inclure le forfait pause dans le calcul du salaire mensuel minimum. Mais les propositions sont globalement jugées « insuffisantes ». L'accord salarial proposé aux syndicats est ouvert à la signature jusqu'au 9 février. Ils en rediscutent lundi.
Carine JANIN,Virginie JAMIN et Jean-François MARTIN.
Libération (Liberation.fr), 2 février 2008

«Ça va aujourd’hui mon amour ?» Le client, éméché malgré l’heure matinale, pose deux bières sur le tapis roulant de la caisse de Sonia (1), employée
au Leader Price de la place de la République à Paris. Sonia répond d’un sourire contrit, même si non, ça ne va pas. «Il faut toujours sourire, ça fait partie du métier.» Ce
vendredi matin la jeune femme est à son poste en dépit du mouvement de grève des caissières pour la revalorisation des salaires. «Une grève ? Je n’étais pas au courant. Ici personne
n’est syndiqué. Si j’avais su, bien sûr que j’aurais fait grève !» Pas au courant de la grève non plus, les employé(e) s du Lidl Strasbourg-Saint-Denis. «Si on avait su, tous les
Lidl de France seraient en grève !», s’exclame Linda, une jeune caissière de 23 ans. Pas tant pour les salaires - «800 euros pour 26 heures, c’est plutôt mieux
qu’ailleurs» - que pour avoir des horaires fixes. «Le planning change tout le temps. C’est fatigant, c’est difficile pour la vie de famille, et ça empêche d’avoir un deuxième
travail à côté.»
Courage. Vendredi, en fin de journée, alors que la CGT assurait que 80 % des magasins de la grande distribution était «touchés par ce mouvement de grève» en faveur du pouvoir d’achat, la Fédération patronale des entreprises du commerce et de la distribution (FCD) répondait que le taux de gréviste s’était limité à 2 %. Et de clamer «son incompréhension» devant la grève.
Il fallait beaucoup de courage pour quitter sa caisse et aller tracter à l’entrée du magasin. Caissière au Carrefour du centre commercial de Bercy 2 à Paris, Céline, 26 ans, raconte : «La direction a essayé de nous intimider, ils vont noter les noms. Ils vont se venger d’une manière ou d’une autre, tout en restant dans la légalité bien sûr, ils connaissent les limites.» Près de Montpellier, au Carrefour de Lattes, une centaine de salariés a osé quitter leur poste. Pour beaucoup, c’était leur première grève. En majorité non syndiqués, ils ont répondu présents à l’appel des deux syndicats du magasin, la CGT et FO. Debout devant l’entrée du personnel, les caissières ont raconté leur quotidien. Le stress d’abord. Avec ces «clients de plus en plus agressifs, qui ne nous voient pas, ne nous entendent pas, comme si on n’était pas humain», rapporte Hélène, à la caisse depuis plus de quinze ans. Ensuite, la pénibilité. Sylvie, comme beaucoup de ses collègues, a mal à un bras à force de répéter les mêmes mouvements et de tirer des articles lourds (packs d’eau, de bières, sacs de croquettes, de pommes de terre…)
Opération escargot. Ici, les horaires sont souvent subis, même si les employés peuvent émettre leurs souhaits semaine par semaine. «On a des surprises. Au lieu de 9 heures-15 heures, vous vous retrouvez avec 15 heures-19 heures», assure Anne. Pas de pause en dessous de quatre heures de travail consécutives. «Des fois, on nous fait venir pour travailler 3 h 45.» Les caissières se plaignent aussi des coupures trop longues. Ainsi Sylvie doit venir un jour de 10 h 15 à 13 h 15 puis de 16 heures à 20 h 30. Et que fait-elle entre 13 h 15 et 16 heures, en pleine zone commerciale ? La plupart des caissières ne rentrent pas chez elles, à cause du temps de trajet (parfois plus d’une demi-heure) et du coût du carburant. «On dépense nos sous à Carrefour», ironise Julie.
Leur pouvoir d’achat baisse, elles le disent toutes. «Ce sont les loisirs qui prennent», remarque Marjorie, caissière chez Auchan à Lille. Une de ses camarades soupire : «Pendant la foire aux vins, tu vois passer des chariots à 800 euros. Un mois de salaire qui s’en va sous notre nez…» Elles en rient, fort. Sur le parking, une petite troupe de grévistes armée d’un porte-voix, entonne l’Internationale. L’opération escargot est soutenue par les clients, qui klaxonnent au passage. «Nous ne sommes pas caissières, attention, mais hôtesses de caisse», se marre Marion, 28 ans. «C’est plus chic, mais nos salaires ne sont pas plus élevés pour autant.»Et les heures supplémentaires ? En chœur, à Auchan comme à Carrefour, elles répondent : «Chez nous, travailler plus, ce n’est pas possible.» Marie explique : «Il n’y a pas d’heures sup’parce qu’il y a un système de modulation. Les heures en plus vont dans un compte, et on les récupère quand ils le veulent. Avant, on choisissait nos repos, maintenant, c’est fini.» Agnès, 44 ans, raconte : «Il y a deux semaines, comme j’avais des heures sup en trop cumulées, ils m’ont obligée à signer un papier pour faire une formation sur la gestion des clients, alors que je ne voulais pas le faire.» Rassemblés dans la galerie marchande, les salariés scandent devant les caisses : «Les dimanches avec nos enfants.»

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